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Gardi Hutter, L’infini rebond


Il est des artistes dont on loue le savoir-faire, la maîtrise technique, la gestique racée ou le phrasé tendu ; ils prêtent respiration et chair à l’inspiration d’autrui, lui donnent une forme adéquate. Et puis il y a les créatrices et les créateurs au sens fort – celles et ceux qui déploient un univers original sur scène, qui nous ouvrent à une temporalité, à des espaces inconnus.
Dans le premier cas, les planches célèbrent le donné dans sa magnificence ; dans le second, elles tremblent et se brisent – ouvrant sur une béance qui semble avaler l’ordre du monde.

Gardi Hutter – comme Peter Wyssbrod pour citer un autre grand Suisse – est de cette trempe-ci. Elle n’est pas l’interprète du rêve d’un autre mais le démiurge du sien. Un rêve qui – puisant aux sources les plus profondes du vivant, à l’énergie première, à ce que le Philosophe nomme conatus – s’avère universel.
Il y a dans les spectacles de Gardi Hutter une urgence vitale, l’équation première de l’être cherchant à persévérer – de là la popularité de son clown, l’écho qu’il trouve auprès de la multitude par-delà les distinctions sociales.
Ses personnages nous émeuvent, qui se cabrent devant l’inexorable indifférence du Temps et des choses. La manière dont les objets hantent le plateau dit le règne de la marchandise ; la poésie avec laquelle le clown déjoue leur fonctionnalité dit la résistance de la symbolisation, la sublimation de l’imaginaire.

L’art de Gardi Hutter est tout entier interrogation des ressorts du théâtre ; il révèle un amour des métiers du spectacle dans une époque où l’Homme transfère ses habiletés à la machine ; il rend hommage à la tradition tout en figurant une vitalité libertaire qu’aucun code jamais ne soumettra.
Echos de l’absurdité de notre humaine condition, le rire et la douleur s’épanouissent, ici, en tendresse dans le cœur des regardeurs.
Grâce à la délicatesse du jeu.
Grâce aussi à une attention sensible à l’infime.

Mathieu Menghini
13 février 2016